Quatuor Hêlios
Ensemble de Percussion
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John Cage - Works for percussion - Quatuor Hêlios

Isabelle Berteletti, Jean-Christophe Feldhandler, Florent Haladjian, Lê Quan Ninh (percussion)

Enregistré "live in studio" au CCAM, Vandoeuvre-Lès-Nancy, France en Juillet 1989 | Couverture : Marcel Duchamp A bruit secret, 1916

Wergo WER 6203-2


Critique de Paul Meunier pour la revue Télérama (F) - novembre 1991

Un disque comme ça, ça ravigote.  Nous redécouvrons dans ces sept œuvres composées entre. 1939 et 1943 [...], un compositeur qui frise la trentaine et nous entraîne, déjà, dans un monde bien à lui où « l'automatisation » de la création montrele bout de son nez.
Curieux. Nous aurions aimé apprendre de quel bois se chauffe John Cage-le-doux-sorcier. Une photographie de l'arsenal requis en la circonstance ne comble pas notre appétit : par exemple, quelles sont ces drôles de boîtes qui batifolent sur la table en bois? Cet impressionnant testacé dans lequel semble souffler l'un des artistes, est-il l'un de ces « gros coquillages australiens, dont parle l'auteur dans son Journal (et qui) sont aussi musicaux que des violons » ? On n'en saura pas davantage, mais c'est notre imagination qui s'échauffe, ravie.
Ludiques et conquérantes, ces musiques sont portées à incandescence par
de jeunes interprètes surdoués, anciens élèves de SylvioGualda.
Critique de Jean Vermeil pour la revue Répertoire (F) - décembre 1991

Deux éditeurs proposent au même moment deux volets majeurs de l'œuvre de John Cage : les pièces pour percussions du début, et l'intégrale pour violoncelle. Les premières remontent à la période 1939-1941, quand Cage enseigne dans une école de peinture et joue de la percussion dans le cours de danse où il fait la connaissance de Merce Cunningham. Quand l'Europe se partage entre Schœnberg et Stravinski, et bientôt entre Hitler et Staline, lui s'attaque au son pour le son, sans référence au passé pas même refusé. Cage enserre le rythme dans un jeu de proportions, il s'inspire de l'Orient, invente déjà l'automatisme du geste, le hasard, l'indétermination et « prépare » ses premiers pianos. C'est la liberté dont le Bourguignon Américain Varèse a montré la voie, une simplicité d'une fabuleuse complexité. Le Quatuor français Helios rend avec le raffinement et la rage froide qu'il faut ces moments d'évidence. [...].
Critique de Costin Cazaban pour la revue Le Monde de la Musique (F) - février 1992

Cette heureuse rencontre entre l'éditeur allemand Wergo, qui poursuit son intégrale, et une jeune équipe de percussionnistes français sous la houlette de Daniel Charles (auteur du texte de présentation, éminent ambassadeur de Cage dans l'Hexagone), montre la pérennité d'un compositeur dont certains se sont empressés de classer les oeuvres sous le signe de la conjoncture, du coup d'Etat musical permanent. Il est vrai que le musicien américain a lui-même recherché « l'irrépétable ». Il est vrai aussi que son geste est souvent irréductible au seul domaine sonore et que le Cage des années 1960 n'est pas le même que celui des années 1940, période dans laquelle ont été composées les pièces enregistrées ici. En fait, dans ses partitions pour percussion, si la constitution de l'œuvre est mise en cause (timidement!), elle ne l'est pas par un excès de liberté mais, au contraire, par la volonté du compositeur de soumettre complètement le détail à des patterns préétablis et immuables. D'où le degré d'«automatisation » dont parle Daniel Charles. Le charme ressort justement de cette mécanique, conjuguée paradoxalement à des couleurs toujours surprenantes.
Les interprètes, par leur verve volontairement naïve, font ressortir 1'« intelligence » d'un matériau qui prend, en quelque sorte, l'initiative. Le tempo est vif (Double Music perd quelque 40 % de sa durée habituelle), la volonté est marquée (Second Construction); l'espace stéréophonique, dessiné avec inventivité, contribue lui aussi à la sensation de contact direct et de spontanéité que donne l'enregistrement. C'est exactement ce qui convient à ces pièces, fruits d'un enthousiasme secrètement malicieux.
Critique de Christian Tarting pour la revue Diapason (F) - mai 1992

Si l'on a pu formuler des critiques sur certaines des interprétations composant l'« Edition John Cage » que publie Wergo, et tout particulièrement sur la version des Sonates et interludes pour piano préparé qu'enregistra Joshua Pierce en 1975 (cf. D.-H. n°355), celle des œuvres pour percussion à quoi s'est consacré le jeune Quatuor Hêlios échappe à toute réserve.
Formé en 1986 par d'anciens élèves de Silvio Gualda, cet ensemble est né d'une commune passion pour Cage et ses propositions novatrices quant à la percussion.  Aujourd'hui, Isabelle Berteletti, Jean-Christophe Feldhandler, Florent Haladjian et Lê Quan Ninh (qui s'illustre aussi dans la musique improvisée, principalement en compagnie des saxophonistes Daunik Lazro et Michel Doneda) sauraient communiquer leur enthousiasme aux esprits les plus réfractaires... ou blasés. Plusieurs années de travail sur ce répertoire leur ont donné non seulement l'aisance, le legato, mais encore la légèreté humoreuse, cette sorte de délicatesse amusée qui sont qualités indispensables à la saisie de ces pièces du « jeune Cage ».
De 1939 (First Construction) à 1943 (She is asleep), John Cage produit dans son écriture pour percussion de sûrs manifestes d'une désoccidentalisation du geste musical. Oeuvres où le travail du timbre est dominant, souvent d'une grande sophistication dans l'arrangement de ses couleurs et, par le kaléidoscope de ses occurrences - leurs lacis et étagements - offre à l'ordre classique et ses rigueurs, à ses diverses contraintes architecturales, à ses brides et impasses un ailleurs insoupçonné : comme une langue s'étant, par le biais d'un instrumentarium qui constitutivement leur glisse des doigts, doucement affranchie des lois harmoniques en usage au privilège des prononciations, des accents, de la vitalité rythmique - foisonnement qui serait la pensée dévêtue d'une expression à l'aube. de trouver l'étoffe dans laquelle vivre, rire, s'émouvoir et toucher.
First Construction (In Metal) voit le jour six ans après que John Cage a entendu, lors de sa création à New York, le chef-d'œuvre de Varèse mobilisant treize percussionnistes et quarante et un instruments : Ionisation. Expérience essentielle, ce 6 mars 1933, pour l'élève dissipé de Schönberg qui fera de la « libération de tous les sons » une intangible règle de conduite, s'appliquant minutieusement à l'érosion et l'effondrement des hiérarchies du sonore et de ses moyens de production (« Les gros coquillages australiens sont aussi musicaux que des violons »' note-t-il dans le Journal).
Durant les années 30, la percussion est, pour Cage, médium premier d'une délivrance. En 1938, le piano préparé est déjà inventé : dans le but, précisément, de remplacer un orchestre de percussionnistes que le manque de place rendait inconvocable pour l'exécution de la musique du ballet de Sylvilla Fort, Bacchanale. Piano soumis aux complexes de fréquences (l'expression est de Pierre Boulez), à l'aléatoire de l'enveloppe timbrale et de la durée peaux et métal frappés ou frottés dans l'écho de ces tresses polymétriques qui caractérisent d'abord les gamelans balinais... C'est entre 1946 et 1948 qu'aura lieu, l'engagement dans les disciplines intellectuelles d'Extrême-Orient étant de plus en plus patent, le scellement de ces dynamiques-là.  Deux années pour l'affirmation esthétique qu'est le cycle des Sonates et Interludes : la réelle ouverture de Cage à Cage.
Critique de Holger Jenrich pour la revue Unicum (D) - octobre 1991

Ohne ihn waren der Erfolg von Steve Reich, das Renommee von Philip Glass, die Lobeshymnen für Michael Nyman nicht  moglich John Cage ist Ziehvater, Vorbild und Mentor zeitgenossischer Avantgardisten und Minimalisten Um das umfangreiche  Werk des Genies machen sich derzeit gleich mehrere Klein Labels verdient.
Wergo z .B., eine auf den Klassik bereich spezialisierte Schallplattenfirma aus Mainz. Ihre häppchenweise vervollständigte "Edition John Cage" ermöglicht einen höchst genußreichen Einblick in das Schaften des Mannes aus Los Angeles. John Cages. "Works For Piano, Toy Piano & Prepared Piano Vol. III" aus den Jahren zwischen 1944 und 1960 gibt's jetzt erstmals als CD - das traditionelle Klavier wo'd von Joshua Pierce oder Maro Ajemian durch Einsatz von Holz. Gummi, Metall  in ein schillerndes Percussionsinstrument verwandelt. Ebenfalls neu in CD-Form  "Works for percussion" Das Helios Quartett  erzeugt mit Gongs und allerlei Schlagwerk eine faszinierende Mischung aus Musik, Klang und Stille. Neuerdings ist auch  Cages vielleicht aufsehenerregendste, weil radikalste Komposition wieder zugänglich. Das Schweizer Label "Hat Hut  Records", das seine Produkte hierzulande durch die Heidelberger Firma "Helikon" vertreiben hat der Doppel CD  "Music For Five" die Nummer 4'33" aus dem Jahre 1952 betgefügt. Ein überraschendes Stück für jedes beliebige Instrument, wobei,  wie das "Rock Lexikon" formuliert, "nichts musiziert wird und dennoch Klänge aufeinandertreffen: ferne Straßengerausche,  das Hüsteln des Publikums im Saal, das Knarren des Pianohockers, das Flirren der Saiten im Luftzug".
AHA Esoterishes Monatmagazin (D) - octobre 1991

Works For Percussion (Wergo) - John Cage dürfte einer der wenigen, wenn nicht der Komponist sein, der die Percussion aus dem von der europäischen Klassik aufgezwungenen Dornröschenschlaf erweckte.
Fristete sie dort ein eher kümmerliches Dasein, so Mt sie Cage schon in frühen Jahren durch ungeheuer intelligente und phantasiereiche Kompositionen in voller Blüte ersheiren. Cage gelingt es in au seinen Arbeiten, von denen hier sieben aus den Jahren 1939-43 auf der CD/LP enthalten sind, ihr ungeheuervielfältiges Potential voll auszuschöpfen. Auch wenn es für unsere Ohren ungewohnt sein mag, richtig eingesetzt, sind Percussionsinstrumente allen anderen um ein Vielfaches überlegen. Sehr expressive Synthesen aus Stille und Klang lassen sich entwickeln, die durchaus kammermusikalischen oder gar orchestralen Charakter haben.
Gramophone (USA) - septembre 1992

What a splendid idea to make a feature of Cage's percussion music from 1939-43! At this time he was a pioneer of the percussion orchestra, following in the footsteps of Varèse who, as Cage said, "fathered forth noise into twentieth-century
music". But Cage's works sound less menacing than Ionisation. And he helps himself to unusual sources of sound such as car brake drums, tin cans, thunder sheets and gongs lowered into buckets of water, without going as far as Harry Partch who invented his own unique instruments making it virtually impossible for anybody else to play his music. This is not the Cage who abandons responsibility to chance or who leaves the performers to work out the details from the composer's blueprint, as he did later on. These are lively, inventive and thoroughly idiosyncratic studies in sonority making a balanced programme of what ought to be the popular Cage, as typical of his approach as the prepared piano. These classics are now claiming their place in the repertoire. The Hêlios Quartet have been performing them for some years and it forms one of the most attractive releases in Wergo's John Cage Edition.
Amores - also a classic with two other recordings on offer - is an oddly balanced but satisfying four-movement work which unites two aspects of Cage at this period. The first and last movements are for prepared piano, the two middle ones for percussion alone. The composer says the work is an attempt to express in combination the erotic and the tranquil, two of the permanent emotions of the Indian tradition." But this sort of information is not to be found in the CD booklet-notes, which are too confined to generalities. It is particularly valuable to have all three Constructions rather than just the second and third, which are already available. For years these works were rather indifferently performed with rhythmic inaccuracies, possibly because the instrumentation was so unusual. The players of the Hêlios Quartet have this aspect well under control, although occasionally there are questions of balance between different strands - the string piano (piano played directly on the strings)  gets a bi lost at the start of Constuction N°1, for example.
Imaginary Landscape No. 2 (also called March) is an amazing demonstration of what can be done with a do-it-yourself ensemble of tin cans, drums, gongs, metal waste-basket. buzzers, ratchet, lion's roar, plus the triumphal appearance of a booming conch shell near the end. There's a photograph of the Hêlios playing this work but the instrumentation is not specified, which is a pity, since the eccentric line-up is part of Cage's riotous achievement and our enjoyment. She Is Asleep, the only work here with a vocal component, is nicely sung by Martine Viard with prepared piano, as elsewhere, from Isabelle Berteletti. Everything is well recorded in a release which can only be seen as a demonstration, if one is needed, of Cage's purely musical origins.