"C’est une main qui parle, volonté active qui s’oppose, le plus souvent se pose pour caresser le résonateur, caisse de résons, raison même de l’affrontement amoureux. Entre les deux s’interpose l’espace vide qui peu à peu s’emplit du désordre de la vie, bric-à-brac chaotique où trônent la pomme de pin, les graviers et des lamelles qui révoquent toutes percussions banales. Par le pétrissage sans fin de l’air en gestes retenus et une chirurgie du métal sur la chair, chocs et crissements s’épanouissent dans ce creux intermédiaire et c’est la pluie, un vol d’étourneaux dans la tempête, le passage d’un train rapide, les rumeurs d’une Asie religieuse, une forêt d’été traversée d’un ruisseau et de papillons clairs. C’est la concentration même, un monde ramassé sur l’espace d’une peau tendue, qui se déchaîne pour retomber, fureur/calme, souffle de l'infini ressac. Et quand tout s’apaise, toujours un grillon pour relancer la symphonie. Cet ensemble circulaire ouvert sur une liberté absolument maîtrisée, s’achève exactement là où il a commencé : frottements des matières, réverbérations subtiles, puis relâchement de la tension vers l’extrême gravité jusqu’à l’inaudible, enfin le silence." (Sylvain Torikian, avril 2008)
"Pourquoi je ressens le besoin d'air autour de l'acte d'improviser, comme si de tous les éléments, l'air était le seul qui puisse accueillir tous les autres ? Et pourquoi dans cette imagination des volumes il ne serait plus nécessaire finalement d'y ajouter du mouvement mais seulement de s'y déplacer pour percevoir ce qui semble improviser sans fin, la vie dans ce qu'elle a de vibratoire. L'air, nécessaire à l'écoute et qu'on peut imaginer nécessaire au transport de la lumière, à la perception des corps en mouvements, pousserait à considérer qu'il est l'outil de perception de lui-même dans une curieuse tautologie matérielle indiquant que l'air permet de ressentir l'air et que toute musique n'a de valeur que si elle permet de le laisser libre. Improviser serait alors de glisser dans un volume d'air, de laisser faire un désir qu'on ne pourra jamais formuler autrement qu'en glissant toujours plus avant dans des volumes partagés." (Lê Quan Ninh, 2002)
Ce concert est précédé, du 12 au 16 mai, d'un atelier pédagogique mené par Lê Quan Ninh pour une dizaine d’adultes handicapés du Foyer Occupationnel Les Tamaris de Sornac. Rencontre sur rendez-vous.
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