Brame

Michel Doneda (soprano saxophone), Steve Robins (soprano saxophone), Lê Quan Ninh (percussion), Laurent Sassi (recording), Christian Monsarrat (video), Jean Pallandre (editing)

Brame (11:07), Brame.mov (video) (3:53)

Outdoor recording in September 2000. CD+

Ouie Dire Production Coliphonie CP0209


Critique de Jean Dezer sur son blog Les Maîtres Fous

Je voudrais profiter des quelques jours à venir pour parler du label Ouïe/Dire. Fondée en 1994, cette "compagnie d'art sonore" s'est fixé pour mission "de promouvoir la qualité d’une expérience concrète de l’écoute, riche et inventive, abordée dans sa généralité, sa complexité, et sa profondeur." Pratiquement, ce but s'est traduit par la réalisation de pièces d'une grande inventivité situées aux confins du field recording, de la création radiophonique, du documentaire et de la musique improvisée. Les créations sont communiquées au public lors de concerts, installations, expositions et diverses rencontres, mais aussi par le biais de disques subtilement présentés.
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C'est par exemple le cas de Brame de Michel Doneda et Steve Robins (saxophones), Lê Quan Ninh (percussions), Laurent Sassi et Jean-Léon Pallandre (prise et montage son). Ce mini-CD est glissé dans une enveloppe transparente et porte ainsi le nom de "coliphonie". Après écoute, c'est exactement le genre de carte postale sonore qu'il faudrait envoyer aux gens à qui on souhaite du bien. Bien que l'unique morceau ne dépasse guère les 11 minutes, l'univers qu'il laisse appréhender est en effet un des plus beaux que j'ai pu découvrir ces derniers temps.
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L'enregistrement a eu lieu dans la forêt de nuit, moment propice pour écouter le brame du cerf (qui désigne les cris de l'animal en période de rut, à l'automne). D'abord, seul le crissement d'une multitude d'insectes se fait entendre, puis le brame commence à prendre de l'espace par ses résonnances graves et ses cris répétés à faibles intervalles. Ce n'est qu'en se concentrant que l'on entend peu à peu intervenir les instruments, envisagés ici avec retenue (il ne s'agit pas de faire fuir les animaux et de perturber l'ordre naturel en cours). Si les soufflements en sourdine et légers frottements se fondent à merveille avec l'environnement sonore, il résulte tout de même de l'expérience une tension qui maintient les sens de l'auditeur en éveil. La musique "produite" va-t-elle exploser et du coup interrompre la musique "naturelle" ? La nuit, des cerfs, des micros... Ambiance.